La réalité de la réalité

«Toute expérience est subjective. Notre cerveau crée les images que nous pensons « percevoir ».» Gregory Bateson

Nous sommes souvent persuadés qu’il n’y a qu’une réalité et qu’une seule façon de la voir (càd la notre !).  La communication n’est dans ce cas qu’ « une simple manière de l’exprimer ou de l’expliquer.» Et par conséquent, les uns auraient raison, les autres auraient tort. Les uns seraient « sains », les autres « malades » ou «fous ». Or notre perception de la réalité est une construction, une résultante de transmissions et de décodages de messages. 

« De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait ce qui existe, ce ne sont que différentes versions de la réalité dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles. » Paul Watzlawick

La perception dépend de la source de lumière
Cette boîte blanche reçoit deux sources de lumière et ses faces transmettent plusieurs couleurs.

Comment se forme la « réalité » ?

Une histoire du web : le 27/2,  la photo d’une robe a enflammé les passions : certaines personnes la voient « bleu et noir », d’autres la voient « blanche et or ». En un WE, des millions d’internautes se déchainent sur la toile pour déterminer quelle est sa « vraie couleur ». Un chercheur en colorimétrie commentait : « Une couleur n’existe pas de manière objective : elle n’existe que lorsqu’elle est perçue. »

Cette histoire folle me paraît illustrer de façon très actuelle les situations de confusion que Paul Watzlawick a décrit dans « La réalité de la réalité ». Voici comment s’ouvre l’avant-propos : « Ce livre parle du process par lequel la communication crée ce que nous appelons réalité. »

La perception visuelle est une fabrication du cerveau

La perception : résultat de messages transmis et décodés par le cerveau

La perception est le résultat de messages décodés par le cerveau

Voici un résumé à peu près scientifique 😉 :

  1. Codage d’informations par la lumière : La lumière éclaire un objet qui, selon ses caractéristiques, va absorber une partie de cette lumière et en réfléchir une autre. Les rayons lumineux vont en quelque sorte transporter des « informations » sur la forme, la couleur, le mouvement de l’objet (via l’intensité, le spectre, la fréquence et la longueur de l’onde).
  2. Réception et codage en langage nerveux : L’œil capte ces informations du flux lumineux (régulation par l’iris de la quantité de flux lumineux, traversée du cristallin, du corps vitré, traduction inversée sur la rétine) et transforme ces informations en influx nerveux grâce à l’activation des photorécepteurs des deux rétines (cônes et batonnets, responsables de la traduction en couleurs)
  3. Décodage des informations et construction d’une image : Ces messages nerveux sont véhiculés de neurones en neurones jusqu’à activer différentes aires du cortex qui collaborent entre elles simultanément pour construire une représentation visuelle à partir des expériences antérieures.

La plasticité cérébrale fait qu’aucun cerveau ne voit le monde exactement comme un autre.

La façon dont nous construisons notre « réalité » se fait sur le même mode, à partir de nos 5 sens.

Paul Watzlawick distingue deux « réalités » :

  1. Les propriétés physiques mesurables des choses, que l’on peut vérifier de façon objective, répétable et scientifique = la réalité de PREMIER ORDRE
  2. La signification et la valeur que nous leur accordons càd notre interprétation, fondée sur notre perception par nos 5 sens et notre vision du monde = la réalité de SECOND ORDRE. On peut changer cette perception en vivant une expérience dans un contexte différent, comme décrit dans cet article Recadrage selon Tom Sawyer.

Nous les confondons souvent, et cela entraine de nombreux conflits et souffrances humaines.

Paul Watzlawick explore la construction de la réalité
Paul Watzlawick explore la construction de la réalité

Quelles applications pratiques ?

Voici un exemple :

« Ce projet est une réussite » déclare le chef d’unité, satisfait, à ses cadres. Il les a invités un midi au restaurant, pour ne pas perturber la journée de production. Sa perception est faite de chiffres interprétés : l’équilibre financier, les délais respectés, les indicateurs fonctionnels du cahier des charges. Le voici tout surpris quand une délégation syndicale vient lui annoncer une grêve : les collaborateurs du centre de logistique, eux, n’ont pas les mêmes perceptions ! Ce projet qui a vu installé un nouveau progiciel de gestion des entrepôts a dégradé – à leurs yeux – leurs conditions de travail, ils se sentent dépossédés de leur part d’initiative, qu’ils utilisaient pour s’adapter aux périodes de rush en se concertant mutuellement ! Leur perception de la situation est la suivante : ils se sentent transformés en robots exécutants de simples instructions informatiques. Le fait d’être exclus de la réunion de clôture du projet est à leurs yeux une confirmation. Il s’agit d’une confrontation de deux visions du monde différentes.

Il faudra nécessairement aller à la rencontre des visions du monde, et transmettre des messages différents pour concilier ces réalités apparemment opposées, et parvenir à un terrain de coopération.

Et vous, dans une situation de désaccord, de confusion, comment faites-vous ?

Dans quels cas, acceptez-vous facilement que l’autre perçoive une « réalité » différente de la vôtre ? Dans quels cas, c’est moins facile ?

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